07.11.2007

Les joies de l'indépendance...

... ou "vive les casse-pieds en papier".

 

Quand on habite seul depuis quelques temps, on a l'habitude des multiples "joies" que cela comporte : démarcheurs à domicile qui veulent vous vendre, à 20h, un contrat chez un fournisseur d'énergie (alors que vous bossez pour l'une de ces sociétés), témoins de Jehovah le samedi matin à 7h30, potes de vos voisins qui se trompent de sonnette un soir de biture à 4h du mat et même les voisins tout court qui, rentrant morts saouls, s'aperçoivent qu'ils ont oublié leurs clés.

 A chaque fois, on peste, on boude, on râle, mais on reste courtois : après tout, si vous ça fait 20 fois qu'on vous emmerde, le démarcheur coupable, c'est peut-être la 100eme fois qu'il se fait remballer insultes à l'appui. Il a déjà un métier suffisamment ingrat, ne rajoutons pas une couche.

Et puis, en restant philosophe et modéré, on ravale jusqu'à son énervement en se disant que si on avait habité chez papa et maman, certes, on aurait évité tout ça, mais on aurait eu droit aux "range ta chambre", "vide le lave-vaisselle", "mets la table" ou "enlève tes pieds du canapé". Ce qui, au final, n'est pas mieux.

Mais il y a quand même une catégorie d'emmerdeurs bien particulière dont j'ai envie de vous faire partager quelques perles aujourd'hui.

Il s'agit de ce qu'on appellera les "emmerdeurs postaux"

 

"Mais de quoi y parle ?" me direz-vous ?

 

Et bien mettons-nous tout de suite en situation : 

 

Il est 18 heures 30. Dehors, il fait nuit noire depuis déjà pas mal de temps (Rigolez pas : on est le 07 novembre. Mettez le nez à la fenetre, demain, à 17h30 précises, vous verrez si je mens.) .

Vous rentrez du boulot, fatigué tant nerveusement que physiquement et, comme si ça ne suffisait pas, frigorifié par les 300m de marche qui séparent le bureau de votre porte d'entrée. 

Et là, avant de rentrer vous mettre au chaud, dans un bon pull en polaire, avachi devant votre ordinateur à attendre minablement (et seul, évidemment) l'heure où vous crêverez suffisamment la dalle pour avoir le courage de vous faire violence pour préparer à manger quelque chose de pas forcément bon que vous avalerez en deux temps trois mouvement, risquant l'occlusion gastrique, en matant des vidéos à la con sur Dailymotion ou Youtube pour finir par attendre l'heure d'aller se coucher... mais je disgresse... avant de rentrer, disais-je donc, vous vous convainquez qu'il FAUT (sisi, c'est votre DEVOIR de CITOYEN LIBRE) relever votre courrier.

 Vous ouvrez délicatement votre boite aux lettres, vous niquant les doigts (toujours gelés, souvenez-vous, on est le 07 novembre) avec le verrou de la petite porte de celle-ci, et vous tombez nez-à-nez avec un paquet d'une douzaine d'enveloppes. De toutes les tailles, de toutes les formes et même dirait-on -tellement certaines sont dans un état pas possible par l'action délicate du facteur- de toutes les époques.

Une fois passé le seuil de votre appartement (et après avoir risqué de vous casser une jambe à cause de la planche à repasser que vous avez laissé trainer en partant à l'arrache le matin même), vous jetez tout négligeamment sur la table du salon : le dépouillement peut attendre que vous ayez enlevé votre manteau, non ?

Et puis, religieusement, vous prenez le paquet de neuf lettres et courriers divers et vous lisez : 

 

1) Facture d'électricité de novembre.

2) Rappel de facture d'électricité d'octobre.

3) Rappel de facture d'ADSL.

4) "Avec Cofidis, optez pour le crédit à la consommation instantané" (tiens donc...).

5) Taxes régionales 2nd semestre 2007.

 

...

 

... à la sixième lettre, vous êtes près de pleurer. Quand soudain... votre regard se pose sur un bout de papier dont vous n'aviez même pas remarqué qu'il n'était pas dans une enveloppe.

1b3011f30cc41c763c4c915099dc9e82.jpgEt là, vous lisez une fois.

Deux fois.

Vous n'en croyez pas vos yeux.

Vous relisez trois fois.

Vous riez, un peu, puis vous dites que "c'est quand même dingue le temps que les gens peuvent perdre". 

Non non, vous ne rêvez pas : on vous annonce bien l'apocalypse. La fin du monde. Voire, une fin de vie bestiale...

A dire vrai, vous vous y attendiez déjà : vu le nombre de factures à payer, le paquet de taxes, les huissiers qui vous courent après depuis des mois, votre propriétaire qui laisse des messages tous les deux jours sur votre boite vocale pour vous rappeler que vous avez "omis de payer le loyer en début de mois mais vous assurer qu'il a bon espoir que vous régulariserez sans tarder la situation qui doit n'être qu'un facheux oubli, tête en l'air que vous êtes", le signe "moins" inexorablement placé devant le nombre à trois chiffres du solde de votre compte bancaire alors que votre salaire atteint à peine, lui, les quatre chiffres tous les mois, il aurait fallu être totalement cinglé pour croire que vous avez une quelconque possibilité d'échapper à la saisie de biens et à la fin de vie, d'ici 2012, dans un carton sous un pont d'autoroute.

Résigné, vous l'êtes.

Mais le lire sur un petit papier découpé à l'arrache et légèrement froissé, glissé dans votre boite aux lettres par un malade mental désoeuvré, ça fait un choc. 

Et en plus il vous dit "dormez bien".

Ne sait-il pas qu'il y a bien longtemps que vous rentrez du boulot tellement fatigué mais préoccupé par vos problèmes d'argent que vous n'arrivez même que difficilement à trouver le sommeil ? Ah ces gens mal informés !

 

"M'enfin et la suite du courrier ?" vous entends-je héler ?

 

Une seconde, j'y viens ! On n'est pas aux pièces tout de même !

 

7) (A votre avis ?) Facture ! (bingo !)

8) Randstad et ses contrats de travail hebdomadaires.

 

Et puis là, alors que vous vous dites que plus rien ne peut vous arriver, qu'une facture de plus ou de moins ne vous tuera pas (plus que vous ne l'êtes déjà), que vous y êtes préparé, résigné même, bien que vous auriez aimé qu'aujourd'hui un gamin ait eu l'idée de foutre une allumette dans votre courrier pour s'amuser, vous découvrez, ébahi mais découragé, que la neuvième lettre est le pipi de manneken pis qui fait déborder le bassin de retenue : 

 

L'annuelle lettre de l'A.P.B.A., la société d'édition des Artistes Peignant de la Bouche et au Pied, qui vous envoie des jolies petites cartes postales ornées d'un magnifique coucher de soleil sur une plage ensoleillée (je hais le soleil), ou d'un splendide vase de tagètes (je hais les tagètes !!!).

616f84d4ce7ebf80bb7fb61a48b7348c.jpgLe tout, évidemment, accompagné d'un bulletin de virement vous enjoignant à faire un don (bien entendu exempté d'impôts, avantage non négligeable quand on n'en paye déjà de toute façon pas, pour cause de salaire, comme sus-mentionné, ayant du mal à afficher quatre chiffres tous les mois) qui permettrait de promouvoir l'intégration des personnes à mobilité réduite dans la société et ainsi permettre de créer, ensemble, main dans la main, un monde plus juste, plus beau, où tout le monde s'aimerait d'un amour fraternel (et sans sexe, hein. Le sexe c'est mal !), où plus personne n'aurait peur de porter son prochain plus faible sur ses épaules pour l'aider à avoir une vie meilleure.

 


Alors vous sortez votre feutre indélébile. 

Et vous vous dites que, demain, vous remettez ce courrier dans une boite postale en allant au bureau...

 

... à moins que vous ne vous y arrêtiez pas, au bureau, et que vous continuiez jusqu'au quai de Meuse.

 

Après tout, on est le 07 novembre.

 

L'eau est froide. 

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Commentaires

Mon Dieu, c'est tellement ça!!! Désolée de poster des commentaires un peu partout, mais je farfouille, je remonte le temps, je me marre, j'accroche, alors forcément faut que je l'ouvre...
Il n'y a qu'une seule chose qui me fasse rêver là-dedans : tant qu'à vieillir, autant avoir une fin de vie "bestiale", non ?

Ecrit par : Lumière | 04.12.2007

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