12.11.2007
Les joies de l'indépendance V2.0...
... ou "Que j'aime quand le téléphone s'y met aussi"...
Si vous avez lu l'article précédent, astucieusement intitulé presque pareil, vous allez comprendre de quoi je veux parler.
Quoique... Vous aurez peut-être tendance à penser que cet article va s'orienter vers le premier type "évident" d'emmerdeurs.
Celui qui vous emmerde à 22h30 pendant que vous regardez "Inspecteur Barnaby" sur la Trois.
Accroché aux accoudoirs de votre fauteil préféré, vous attendez, pris par le suspense, que le détective annonce enfin le nom du coupable, qu'il lève le voile sur cette affaire de meurtre sordide (le 537ème... ça fait beaucoup pour un seul petit village du Sussex qui ne doit pas compter plus de 2000 habitants !) et confirme ou infirme votre talent de profiler. Et c'est là, alors que la réponse est à deux doigts d'être donnée et que vous avez déjà préparé mentalement le "Tu vois Françoise, j'te l'avais dit que c'était la couturière qui avait fait le coup !" que vous êtes certain pouvoir sortir triomphalement dans moins d'une minute montre en main, c'est donc ce moment précis, que le téléphone choisit pour faire retentir dans la pénombre de votre salon sa sonnerie qui, si déjà en temps normal vous horripile, dans le cas présent vous donnerait presque envie de génocide.
Et à votre "Allo !" agacé répond par un "Bonsoir Monsieur. J'espère que je ne vous dérange pas." une jeune femme dont l'application à utiliser son plus beau français et le ton enjoué ne suffisent pas à masquer l'accent marocain, ivoirien ou roumain.
Réprimant votre envie de hurler "Bien sûr que si, connasse !!!", vous vous étranglez avec un "Euh... Un peu mais c'est pas grave..", permettant ainsi à la jeune femme sus-mentionnée de poursuivre avec "Très bien. Dites moi, Monsieur. Aimez-vous le vin ? Nous pouvons vous proposer une bonne sélection de vins du monde, un Cabernet Sauvignon chilien ou un...".
Bien décidé à ne pas laisser finir sa phrase cette empêcheuse de buller en rond vous raccrochez hargneusement le cornet et, désemparé, les larmes montant aux yeux, vous demandez "Alors, Françoise, qui c'est qu'a tué le pharmacien ?".
Bref.
Non, pas question avec cet article, de fustiger ni de lapider les agents "Hard Sellers" de Teleperformance Outbound Casablanca ou de Target Power Group Bucarest. Ces personnes ne faisant que leur travail et ayant fait ce travail moi-même (à cette exception que je ne vendais pas du vin mais que je dérangeais des italiens pendant les match de la Coupe du Monde de Football pour leur demander ce qu'ils pensaient des pneus Bridgestone), il serait totalement aberrant de leur en vouloir.
Les "emmerdeurs téléphoniques" dont je voulais parler plus haut sont tout autres.
Pour comprendre de qui il s'agit, mettons-nous (encore) en situation. (Tiens... Ca ne vous rappelle pas un sketch d'Eric et Ramzy ?)
Huit heures trente du matin. Tous volets fermés, vous dormez, dans le noir complet, la tête sous les couvertures, du sommeil du juste dont une semaine de congé accordée par votre employeur vous autorise à profiter.
Quand soudain, alors que vos rêves vous ont transformé en détective privé (Oui... bon... imagination à plat aujourd'hui...) et lancé dans une course-poursuite effrénée avec un suspect que vous soupçonnez d'avoir enlevé la jeune fille que vous aimez, vous êtes réveillé par ce que vous pensez, à la première écoute, être la stridulation de quelque grillon mâle échappé de sa garrigue.
Trois secondes se passent, vous vous faites violence pour comprendre d'où vient réellement ce bruit, et vous comprenez, stupéfait, qu'en fait de grillon il s'agit plutôt du téléphone fixe.
Vous vous précipitez alors, aveugle, dans les escaliers de votre mezzanine, risquant de vous rompre le cou et vous vous explosez le gros orteil dans le coffre ancien qui vous sert de table basse pour vous jeter sur le cornet du téléphone qui, vive les sans-fils ne se trouve évidemment pas sur sa base et que vous devez chercher à tâtons.
Pendant ce temps, votre futur interlocuteur, lui, ne se décourage pas, et les sonneries continuent à s'enchaîner.
Une fois le combiné retrouvé, et juste avant de décrocher, vous vous promettez d'être désagréable avec la personne à l'autre bout du fil si ce n'est pas votre conseillère RH Randstad qui vous propose un poste de PDG payé 12.000 euros par mois ou Yves Leterme vous appelant pour vous consulter sur les mesures à prendre pour parvenir à un accord de l'Orange Bleue sur le chapitre communautaire.
Et là, ce qui se produit vous arrête net dans votre élan, vous scie les jambes et vous laisse, comme le cancre qu'on appelle au tableau pour réciter la table de 9, sans réponse, à balbutier idiotement.
"Allo ?"
"Oui... euh... Allo." vous répond une voix étrangère qui, de toute évidence, a l'air aussi étonnée que vous de la situation.
"Sébastien Pepinster à l'appareil. A qui ai-je l'honneur ?"
"Euh..."
"Allo ? Madame ? Que puis-je faire pour vous ?" (Ah, la déformation professionnelle !)
"Euh ben... On peut parler, là, comme ça ? Ou faut qu'on prenne rendez-vous ?"
"Mais... prendre rendez-vous pourquoi ?"
"Ben pour avoir des conseils... enfin... vous savez bien, quoi... J'voudrais me faire aider..."
Alors, vous disant que cette conversation est trop surréaliste pour être une banale erreur de numéro, vous vous creusez les neurones encore endormis pour comprendre. Et la réponse apparait soudain, comme un flash.
Hier, vous avez pris le bus, pour rentrer de la gare, ayant la flemme, à minuit et demie, de marcher sous le crachin et les six degrés celsius de ce mois de novembre.

Et dans ce bus, déjà à moitié somnolant votre regard est resté fixé, sans la voir vraiment, sur une affiche, jaune et bleue, où l'on invitait les alcooliques à se faire aider pour sortir de leur dépendance.
Comment ? Facile ! En appelant un numéro de téléphone mis à leur disposition par la "Maison du Social de la Province de Liège" où la voix amie d'une bénévole leur répondrait les niaiseries habituelles et inutiles qui ne ferait que les conduire à de vaines promesses qu'ils auraient encore deux fois plus de remords de ne pas tenir.
Vous aviez presque oublié qu'au bas de cette affiche se trouvaient les coordonnées complètes pour joindre ces bénévoles.
Presque : cet appel téléphonique vient de vous le rappeler.
Et d'un coup, toute cette communcation devient claire comme de l'eau de roche puisque vous vous souvenez très distinctement avoir lu ceci :
COMMISSION PROVINCIALE ASSUETUDES-ORIENTATION ALCOOL
boulevard d’Avroy 28-30 4000 LIEGE
04/222.22.40
du lundi au vendredi de 9h à 16h
...222.22.40... Bon sang mais c'est bien sûr ! Votre numéro de téléphone est le 222.24.40.
Avec un ou deux verre de rouge dans le nez, même vous, vous ne feriez pas la moindre différence entre les deux.
Alors vous expliquez gentiment à la personne que vous avez en ligne qu'elle s'est trompée de numéro et que le centre d'orientation alcool est joignable au 22, pas au 24.
Elle, plutôt stupéfaite que vous ayez compris quel numéro elle essayait réellement de joindre, se contente de vous remercier et de raccrocher précipitamment.
Alors vous posez le téléphone et allez vous recoucher...
... sauf que...
... en montant les escaliers qui mènent à mes plumes, j'me suis dit que j'avais été plutôt bête :
Ce coup-ci, c'est moi qui aurais dû demander "Bonjour Madame ! Aimez-vous le vin ?".
Y avait peut-être de l'argent à se faire.
12:35 Publié dans Blabla sens dessus dessous | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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