03.11.2008
Allah Soupe...
... ou "Vivons pour manger et pas l'inverse", que j'dis !
(Et j'espère qu'avec un titre pareil j'vais pas me choper une intifadah sur le coin de la tronche...)
Non parce que bon, c'est vrai, quoi. Si on enlève de l'existence la bouffe et le sexe, il reste quoi, hein ?
Ben j'vais vous l'dire : on s'emmerde.
Du coup, j'vous invite, tous autant que vous êtes, lecteurs assidus, à forniquer le plus possible et à vous faire péter la panse avec tout ce qui vous plaira.
(QUOI ? Vous avez délaissé mon blog puisqu'il n'y avait pas de nouvel article depuis onze mois et du coup y a plus de « lecteurs assidus » ? Quelle honte ! On voit qui sont les vrais amis, tiens !)
Alors oui, c'est pas bien, le Pape et le Gouvernement ont fait des spots télé, tous les deux, pour dire qu'il fallait pas.
Je sais.
Mais d'un autre côté, y a Emile Cioran qui a dit « La morale n'a pour autre but que de transformer les plaisirs de l'existence une somme d'occasions perdues ».
Alors, z'avez envie de rater des occasions ?
Non ?
Soit ! Donnez-vous en donc à coeur joie.
Le résultat ?
Vous serez vite totalement épuisé et obèse, comme moi, mais comblé.
Et donc, puisqu'il faut bien causer d'un truc en rapport avec ça, mais que je ne peux rien faire pour améliorer votre vie sexuelle (sauf si vous êtes une jolie jeune femme de 18 à 28 ans, et encore, ça se discute...), je vais vous donner un tuyau pour améliorer votre vie gastronomique.
Car sous vos yeux ébahis, mesdames et messieurs, je vais aujourd'hui vous révéler un secret de famille jalousement gardé depuis des générations : la recette de la soupe aux marrons (made in Maria Bettini, ma grand mère).
Mais avant tout, permettez-moi un petit avertissement :
Ami(e)s diététicien(ne)s (Oui, Lise, c'est à toi que je parle), fans de "régime équilibré", d'alimentation légère ou de cuisine moléculaire, et ce genre de conneries, cessez la lecture immédiatement : les lignes qui vont suivre vont vous expliquer comment réaliser un plat savoureux du terroir montagnard traditionnel d'Emilie-Romagne (si vous savez pas où c'est, cliquez ici : ça vous emmène recta dans le village où est née ma grand-mère) qui a été inventé du temps où les hommes, avant de partir dans la montagne s'occuper des brebis, devaient ingérer 6000Kcal au petit déjeuner histoire de ne pas mourir de faim après un quart d'heure.
Il y a donc fort à parier pour qu'à la lecture de ces lignes, vos poils dorsaux se hérissent, vos yeux se révulsent et que vous vous mettiez à crier "MON DIEUUUUUUU, VA-T-EN, DEMON !" en brandissant gousse d'ail et crucifix.
D'ailleurs, pour cette recette, pas besoin d'ail, donc vous pouvez rentrer chez vous.
Ca c'est fait.
A présent, que ceux qui ont décidé de continuer la lecture, aux risques et péril de leur tour de taille et de leur garde robe, prennent un papier et un crayon, je vais dicter :
Soupe aux marrons à l'Emiliana.
Ingrédients (Pour 10 personnes) : (Ah oui, j'ai oublié de vous dire : j'fais toujours cette soupe par 10 litres au moins, une fois par hiver, et je la congèle par portions individuelles... Du coup j'pratique pas les doses pour moins... Vous ferez bien la règle de trois, hein...)
3 gros poireaux « soupe » ENTIERS ! (Et pas juste les blancs comme chez ces pédés de cuisiniers "modernes", non mais !)
3/4 de kilo de carottes
6 branches de céleri vert (Avec les feuilles. C'est comme pour les poireaux, on est pas des tantouzes ! Oh !)
1 courgette
3 navets
3 tomates
Une boite de haricots "bianchi di spagna"
Une boite de haricots "borlotti"
Une boite de haricots "cannellini"
Une boite de gros haricots rouges
2 sachets de riz long grain (pas basmati ou ce genre de conneries, hein... Le classique de base, celui qui colle et tout quand on sait pas s'en servir.)
700g de châtaignes
Une boite de concentré de tomates
3 bouillons de boeuf
De l'eau à profusion
sel, poivre
ET...
... last but not least : Un gros cotechino.
QUOI ?
Vous ne savez pas ce que c'est que le cotechino ?
Faisons alors un aparté :
Le cotechino est une sorte de grosse saucisse typique d'Emilia-Romagna, très grasse et eeeeeextrêmement savoureuse.
On la prépare dans cette région depuis des centaines d'années et, comme souvent en Italie (où on ne rigole pas niveau gastronomie et produits typiques...), dans le respect des traditions ancestrales.

On en trouve encore souvent dans les épiceries italiennes ou les échoppes de marchands italiens de salaisons sur les marchés.
Toutefois, (et même si ça me fait mal de l'admettre) le cotechino, difficile à se procurer et surtout hors de prix, peut être remplacé sans trop de dégât par...
... 400g de lardons fumés. C'est moins « pile comme il faut » mais on gagne en facilité ce qu'on perd en goût.
Oui, je sais, la vie est injuste mais c'est comme ça.
Bref.
Reprenons la recette :
Coupez les poireaux, les carottes épluchées, le céleri avec ses feuilles, les navets et les tomates en julienne (en gros, des morceaux d'un centimètre de côté environ. Si ça fait 1,3 centimètres, pas de panique, la soupe n'en sera pas moins bonne. C'est pas Joel Robuchon et ses chipotages à la manque, ici !).
Dans une (très) grande casserole, faites fondre le beurre.
Là, la recette varie selon l'ingrédient que vous utiliserez.
Si vous n'avez pas de cotechino, faites rissoler les lardons sans dorer.
Si vous avez un cotechino, il entre en action plus tard.
Faites ensuite suer dans le beurre pendant une dizaine de minutes les légumes coupés.
Ajoutez du sel et un peu de poivre et remuez régulièrement de sorte à ce que rien n'attache.
Normalement, pendant cette opération, les légumes perdent 50% de leur volume et votre casserole qui vous paraissait pleine craquer l'est tout de suite sensiblement moins.
Ajoutez ensuite la boite de concentré de tomates, les bouillons cubes, couvrez d'eau et portez à ébullition.
Pendant ce temps, si vous avez un cotechino, faites-le dorer légèrement à la poêle avec un peu de beurre ou de margarine et quand l'eau bout, plongez-le dans la casserole.
Faites cuire un bon quart d'heure.
Et pendant ce temps là, occupons-nous des châtaignes.
Avec un couteau très tranchant, coupez la face arrondie des châtaignes en croix sur environ 1,5cm de longueur (Attention de ne toucher le fruit qu'un minimum, sinon il risque de s'effriter par la suite !).
Dans une poêle à fond plat, faites les ensuite griller sans matière grasse et avec un couvercle, en prenant bien soin de secouer la poêle régulièrement pour que les châtaignes cuisent bien sur toutes les faces.
Avec un écumoire, retirez le cotechino délicatement de la casserole sans le casser.
Si vous préparez la soupe aux marrons à l'avance, ce que je conseille, vous pourrez la réserver pour le dîner et déguster le cotechino au déjeuner, accompagné, par exemple, de polenta et de lentilles. Cherchez sur le net, il y a un paquet de recettes.
Si vous n'aviez pas de cotechino et avez utilisé des lardons, ne les retirez pas de la casserole, évidemment.
Mixez à présent la soupe en rajoutant, au besoin, un peu d'eau.
Selon les goûts, choisissez la mouture : fine ou grossière, les deux peuvent se faire.
Attention à la quantité d'eau que vous ajoutez : cette soupe est une « grosse soupe », pas un velouté. Elle ne doit pas être trop liquide, au risque de perdre tout son intérêt.
Si vous avez ajouté trop d'eau, pas de panique. Faites bouillir la soupe jusqu'à obtention de la consistance souhaitée.
En gros, pour bien faire, lorsque vous posez une cuiller en bois dans la casserole, elle ne doit pas tomber au fond sans que vous ne l'y aidiez.
Bref.
Normalement, à ce stade, les châtaignes doivent être grillées : légèrement noircies par endroits, la croix s'étant ouverte en corolle et laissant apparaître une chair farineuse et un peu translucide.
On va donc passer à l'étape la plus chiante : l'épluchage.
Mais avant tout, pour se faciliter la tâche, placez les châtaignes encore chaudes dans un torchon pendant cinq minutes : ça va les faire suer un peu et la peau se décollera plus facilement...
... ça vous évitera aussi de trop vous cramer les doigts.
Pour l'épluchage, sachez qu'il va falloir débarrasser les châtaignes, non seulement de leur gangue marron mais également de la petite peau « poilue » qui les recouvre. Si elles ont bien sué, la seconde étape ne devrait pas être trop difficile.
Le but du jeu est de garder les châtaignes entières au maximum : plus elles le seront, meilleur ce sera.
Une fois l'opération réalisée, passons à la finalisation :
Rallumez le feu sous la casserole, portez à ébullition et rajoutez les chataignes.
Egouttez les haricots et jetez-les dans la casserole.
Faites cuire dix minutes et ajoutez le riz.
Laissez bouillir lentement à feu moyen pendant vingt minutes, jusqu'à ce que le riz soit bien cuit.
C'est le cas ?
Génial ! Votre soupe est prête !
Vous devrez sans doute rectifier l'assaisonnement et la consistance (le riz, ça pompe de la flotte !) mais faites attention : ne salez pas trop.
En effet, cette soupe se mange allègrement parsemée de gouda râpé et de parmesan moulu. Or, le parmesan, c'est très salé.
Tenez-en donc compte en assaisonnant la casserole : 10 litres de soupe trop salée, c'est le genre de gâchis qui fout les boules... (J'en sais quelque chose : ça m'est arrivé !)
Une fois toutes ces étapes réalisée, normalement, votre cuisine ressemble à un champ de bataille.
Il y a des bouts de légumes partout, des casseroles utilisées dans tous les coins, et le mixer qui dégouline sur le plan de travail.
Pas de panique : c'est là que votre conjoint(e) impatient(e) de vous montrer à quel point il (elle) aime vous aider au quotidien va pouvoir prouver toute son efficacité.
S'il ou elle est bien dressé(e), le rangement ne devrait pas prendre plus d'un quart d'heure.
Laissez le (la) faire pendant que vous savourez le plaisir du travail bien fait et pensez au bonheur que vous procurera un estomac repu de ce que vous venez de préparer.
J'vous promets, moi, je ne m'en lasse pas.
Bon, j'file, j'vais alller en manger un peu, du coup, de cette soupe.
En revanche, si quelqu'un voulait venir faire le ménage dans la cuisine, ça serait sympa ; en ce moment j'ai pas tout à fait de conjointe.
D'avance, merci.
(PS : Si cette recette vous a plu, que vous n'êtes pas mort pendant la préparation et que vous êtes impatients de goûter à un nouveau volet de la gastronomie typique italienne, demandez moi, j'ai de quoi écrire un bouquin de recettes...)
18:40 Publié dans Il faut que je vous fasse découvrir... | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
29.11.2007
Je suis tombé amoureux...
... ou "Comment vous rendre le temps moins long en attendant l'article que je promets depuis des semaines sans avoir l'inspiration de l'écrire."
Et non, il ne s'agit pas d'une jeune femme: j'en ai une, je la garde encore un peu.
Et oui c'est un titre racoleur.
Mais ça vaut le coup.
Car c'est l'une de mes plus anciennes et fidèles amours que je veux vous présenter : la musique classique.
Et plus particulièrement d'un genre bien défini : un Requiem.
J'ai, depuis toujours aimé ces oeuvres qui sont, pour moi, parmi les plus profondes et les plus touchantes qu'on ait jamais écrites.
Allez comprendre pourquoi, mais quand il s'agit de composer une musique qu'ils pourraient resservir le jour de leur enterrement, les compositeurs se surpassent. Enfin, dit comme ça, en fait, ça ne me parait plus aussi étonnant.
Bref, aimant cela tout particulièrement, je m'en gave régulièrement, celui de Fauré étant mon préféré, ceux de Mozart et Duruflé suivant de près et précédent un vaste peloton.
Avant hier, ayant posé confortablement mes petites fesses sur le velours rouge de la chaise d'une des loges du premier balcon de la Salle Philharmonique de Liège, j'ai eu le plaisir d'entendre un concert durant lequel l'Orchestre et les Choeurs du Conservatoire nous ont servi un Gloria de John Rutter.
Et c'est là que je me suis rendu compte que je ne connaissais que de loin ce compositeur Britannique, élève de John Taverner et agé d'à peine soixante-deux ans.
N'aimant pas les lacunes (pourtant vastes) dans ma culture (hélas bien limitée) et supportant encore moins qu'on les pointe du doigt, je me suis empressé, dès le lendemain, de me rendre à la médiathèque la plus proche et de faire, comme je fais souvent lorsque je souhaite découvrir un artiste : louer tout ce que je trouvais composé par lui.
Ce qui se résume, pour Rutter, hélas... à un seul disque.
Mais quel disque, bon dieu !
Edité par Hyperion (qui ne produit en général pas de la merde et a le chic pour dénicher des petites perles), il reprend, outre le Requiem, quelques pièces de musique sacrée pour choeurs et orchestre, toujours de Rutter.
Mais revenons-en au Requiem.
Et là, chers amis, c'est solennellement que je vous OBLIGE à cliquer sur la photo ci-à-côté et à télécharger pour l'écouter le "Lux Aeternam", ouverture du Requiem.
"Quoi, on n'a pas le choix ?", vous entends-je demander.
NON on n'a pas le choix ! Quand c'est l'avenir de votre perception musicale qui est en jeu, on n'a pas le choix.
A la première écoute, peu attentif que j'étais, les harmonies un brin Fauréiennes m'ont malgré tout attiré l'oreille. A tel point que j'ai réécouté le "Lux Aeternam" six fois d'affilée, les yeux fermés. De quoi me plonger dans une sorte de transe auditive, une extase sonore.
"Mais qu'est-ce qu'il a de si fameux ?" me demanderont les plus sceptiques qui n'accepteront de cliquer sur le lien que pour une excellente raison.
Et bien, chers amis, ce qu'il a de si exceptionnel, ce Requiem, tient en deux éléments : la merveille de la composition et l'excellence de l'interprétation.
La seconde, intimiste à souhait, vous plonge dans une crypte sombre et tiède où seuls percent par le vitrail vert et rouge de timides rayons de soleil. La précision des choeurs de la Sinfonietta de Bournemouth sous la baguette de Stephen Leyton est à faire frémir. Et, alors que je suis très difficile sur ce point en temps normal, les solistes sont d'une justesse impeccable.
Quant à l'orchestre, il est simplement irréprochable.
L'écriture de Rutter, elle, je la résumerai en une phrase : Elle donne envie de mourir, espérant que pour la cause, il nous écrira un Requiem.
Claire, lumineuse, pleine d'espoir, délicate mais d'une richesse rarement égalée, emplie d'une sérénité sans faille, on est bien loin de la vision noire et menaçante de la mort qu'a dépeinte un Mozart sentant le poids de sa condamnation prématurée.
Je suis prêt à parier que si le monde entier entendait, en même temps, cette oeuvre, les gens arrêteraient de se battre.
Pas convaincu ?
Louez le disque.
Achetez-le.
Puis armez-vous de votre plus fidèle casque audio, votre fauteuil le plus confortable, tamisez les lumières, fermez les yeux et ouvrez les oreilles.
Et si, après 35 minutes et 48 secondes vous ne dites pas "Quoi ? C'est déjà fini ?" je vous rembourse le prix d'achat du disque*.
D'ailleurs, à l'instant où j'écris ces lignes, j'entends arriver les dernières secondes de l'oeuvre dont je vous parle depuis tout à l'heure. Je l'ai lancée à l'instant où j'écrivais le premier mot de cet article et je sens que je vais recommencer l'écoute immédiatemement.
Allez, je vous laisse, il faut que je ferme les yeux.
(PS : promis juré craché, je n'oublie pas l'article pour lequel j'ai fait le teasing. J'en ai une ébauche mais c'est pas facile facile à mettre en place.)
*Dans la limite de disponibilité des fonds présents sur mon compte en banque.
18:30 Publié dans Il faut que je vous fasse découvrir... | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note




